Kura Gazette

Saga, c’est plus fort que toi


 

Un voyage dans l’archipel nippon nécessite moins un doctorat en civilisation japonaise qu’un passeport encore valide et de bonnes chaussures. Cela, et bien sûr un minimum de préparation. Surtout si l’on souhaite quitter la zone métropolitaine tokyoïte, sortir des sentiers battus et s’aventurer vers les régions méridionales de l’archipel, comme l’île de Kyūshū. Située au nord-ouest de cette grande île, la préfecture de Saga occupe un territoire à la fois discret et profondément riche.

Elle est bordée à l’est par la préfecture de Fukuoka et à l’ouest par celle de Nagasaki. Au nord s’étend la mer de Genkai, ouverte sur la mer du Japon, tandis qu’au sud la région fait face à la vaste baie d’Ariake, connue pour ses marées spectaculaires, parmi les plus importantes de tout le Japon. Saga ne se résume pourtant pas à cette ouverture maritime. L’intérieur des terres est constitué de reliefs doux et de massifs d’altitude moyenne, dont les monts Sefuri au nord et les monts Tara au sud. Ces montagnes abritent de nombreuses sources qui alimentent rivières et nappes phréatiques. Cette eau pure irrigue ensuite les plaines fertiles de la région, permettant l’essor d’une agriculture prospère, notamment la culture du riz, et fournissant aux brasseries locales l’ingrédient fondamental à l’élaboration du saké. Les plaines de Saga comptent parmi les grands greniers agricoles de Kyūshū. Grâce à un climat tempéré dont la moyenne annuelle avoisine les 16 degrés, la région bénéficie de conditions particulièrement favorables à la culture et à la production alimentaire. Ce climat doux, associé à des sols riches et à une eau abondante, a façonné depuis des siècles un terroir idéal pour l’agriculture comme pour l’artisanat.

Les historiens considèrent souvent que cette région fut l’un des berceaux de la riziculture au Japon. Les sites archéologiques de Yoshinogari et de Nabatake, situés dans la préfecture, ont livré d’importants vestiges de la culture Yayoi, qui succéda à la culture Jōmon. Cette période, qui s’étend approximativement du IIIᵉ siècle avant notre ère au IIIᵉ siècle de notre ère, marque l’introduction de la riziculture irriguée dans l’archipel et la transformation progressive des sociétés japonaises. Le site de Yoshinogari, aujourd’hui transformé en vaste parc archéologique, permet d’observer les reconstitutions d’un village fortifié de l’époque Yayoi. Les visiteurs peuvent y découvrir les structures d’habitation, les greniers sur pilotis destinés au stockage du riz et les traces d’une société déjà organisée et hiérarchisée.

Mais si Saga est importante pour l’histoire agricole du Japon, elle est aujourd’hui surtout connue pour son artisanat. La région abrite notamment les célèbres écoles de porcelaine d’Arita et d’Imari, dont les productions comptent parmi les plus réputées au monde. L’histoire de ces porcelaines remonte au début du XVIIᵉ siècle, lorsque des potiers découvrirent dans les montagnes voisines un gisement de kaolin permettant la fabrication de porcelaine véritable. Dès 1616, les premiers fours d’Arita entrent en activité. Très vite, ces porcelaines d’une finesse exceptionnelle commencent à être exportées vers l’Europe par l’intermédiaire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les cours européennes, fascinées par ces pièces délicates et colorées, en feront grand usage, contribuant à la renommée mondiale de la région.

La préfecture de Saga est également connue des amateurs de littérature japonaise pour être le berceau du célèbre Hagakure, littéralement « caché dans le feuillage ». Rédigé au début du XVIIIᵉ siècle par Yamamoto Tsunetomo, ancien samouraï au service du clan Nabeshima, ce texte rassemble réflexions et maximes sur l’éthique du guerrier. Longtemps resté confidentiel, l’ouvrage a été popularisé en Occident sous le titre de Livre du samouraï. Il a notamment inspiré le film Ghost Dog : The Way of the Samurai (1999) de Jim Jarmusch avec Forest Whitaker dans le rôle principal.

Mais pour les amateurs de boissons japonaises, Saga est surtout connue comme une terre de saké. La préfecture possède l’une des plus fortes densités de brasseries du pays. Elle est également réputée pour être, à l’échelle de l’île de Kyūshū, l’une des régions où la consommation de saké par habitant est la plus élevée. Cette vitalité s’explique en grande partie par la qualité exceptionnelle de ses ressources naturelles. L’eau utilisée par les brasseries provient notamment des montagnes Sefuri et Tara. Elle est réputée pour sa pureté et sa composition minérale particulièrement adaptée à la fermentation. Quant au riz, second ingrédient indispensable à la production de saké, il est cultivé dans la région depuis plus de deux mille ans. Les rizières de Saga produisent aujourd’hui plusieurs variétés de riz adaptées à la brasserie, contribuant à la qualité et à la diversité des sakés locaux.

Les sakés de Saga sont généralement caractérisés par une texture onctueuse, une douceur délicate et une grande richesse aromatique. Leur équilibre en fait des compagnons idéaux pour la table, capables d’accompagner aussi bien les spécialités japonaises que de nombreuses cuisines internationales. La préfecture de Saga entretient une relation particulièrement forte avec cette boisson. En 2013, elle adopte une mesure symbolique encourageant ses habitants à porter des toasts avec du saké produit localement : chaque année, le 1ᵉʳ octobre, journée nationale du saké au Japon, la région organise des célébrations mettant à l’honneur les producteurs et les amateurs de nihonshu. À l’occasion du dixième anniversaire de cette initiative, plusieurs producteurs de Saga se sont même connectés en direct depuis le Japon pour célébrer cette journée lors du Salon du Saké organisé à Paris, illustrant ainsi la vitalité des échanges culturels autour de cette boisson. Et il faut bien reconnaître que Saga possède un atout supplémentaire : ses sakés peuvent être dégustés dans une vaisselle parfaitement adaptée. Les porcelaines d’Arita et d’Imari, héritières de plusieurs siècles de tradition, permettent de sublimer les arômes et les saveurs de ces boissons raffinées.

Entre patrimoine artisanal, paysages agricoles et traditions culinaires, Saga offre aux visiteurs un visage du Japon à la fois authentique et accueillant. Moins connue que certaines grandes destinations touristiques, elle n’en constitue pas moins un territoire riche en découvertes. Alors n’hésitez pas à baguenauder sur les routes de Saga, à vous arrêter dans ses villages, ses brasseries et ses ateliers de porcelaine, et à nous faire part de vos découvertes. Dans les prochains articles, nous vous présenterons plus en détail les brasseries et distilleries de la région qui ont été primées lors de notre concours.

 

En savoir plus :

  • Pour une première visite dans la préfecture : Asobo Saga 
  • Les sakés de Saga disponibles chez nos amis de Galerie K
  • Les sakés de Saga disponibles chez nos amis de Midorinoshima
  • Les sakés de Saga chez nos amis d’Umami
  • Les sakés de Saga chez nos amis de WewantSake